Emily Dickinson : Un écho dans mes silences

Tout a commencé par une lecture, celle des Villes de papier de Dominique Fortier. À travers cette écriture si fine, j'ai rencontré une Emily Dickinson avec une sensibilité rare. J'y percevais l'écho de mes inspirations. Ce n'était pas seulement l'histoire d'une poétesse recluse, mais celle d'une femme transformant sa solitude en jardin secret. En découvrant le récit de sa vie confinée à Amherst, mes silences y trouvaient asile et ce besoin vital de faire de la création un refuge pour l’esprit.

Cet ermitage, loin d’être une faiblesse, était une affirmation puissante de son indépendance artistique. En choisissant son propre périmètre, Dickinson protégeait la pureté de sa voix. C’est précisément au même endroit que Une galerie à soi puise sa raison d’être : créer un espace autonome, où la création suit sa propre trajectoire. Choisir son lieu, c’est choisir sa liberté.

 Ce qui me touche au plus profond, c'est que son œuvre s'incarne dans ses supports : elle fixait ses visions sur des bribes d'enveloppes vouées à disparaître, qu'elle assemblait ensuite à la main en petits livrets. Ce « petit labeur » de poétesse, où le point de couture devient une métaphore de l'infiniment petit et de l'effacement de soi. Il  résonne avec mes propres gestes. Relier, coudre, assembler : c'est fixer la poésie dans la matière.

Si Dickinson magnifiait le banal, elle n'ignorait pas la précarité de l'existence. Alors que  mon futur projet Sans ailes évoque une réclusion subie, une condition qui nous entrave malgré nous, c'est sans doute mon œuvre « Flottement, une vaine offrande » qui pour moi est un bel exemple de dialogue avec ses poèmes. Elle incarne ce geste suspendu, cette offrande qui cherche sa place dans l'invisible, entre le don et l'absence.

Créer, c’est peut-être simplement cela : transformer un espace restreint, un écrin de silences pour l’esprit à partir de presque rien, du vide et du silence. 

 


Article précédent Article suivant


Laissez un commentaire

Veuillez noter que les commentaires doivent être approuvés avant d'être affichés